Sur les Kata (1)


   L’attitude que nous avons en commençant en kata découle de l’attitude qui nous avons eu au début du cours, qui elle-même découle de l’attitude que nous avons en venant au dojo, qui elle-même provient de notre vie, de notre esprit.


   En regardant la façon qu’à un pratiquant de réaliser un kata nous pouvons savoir beaucoup sur la personne qui l’exécute.


   Nous commençons toujours à partir d’une position naturelle. Ceci ne veut pas seulement dire que les pieds sont en hachi-dachi mais aussi que le corps est naturel et aucune crispation n’est visible. Maître Egami était farouchement contre toute attitude de « kamae » (garde) il disait : « Pourquoi sont-ils en garde, qu’est-ce qu’ils attendent ? » Si la position initiale n’est pas naturelle comment ce qui en découle peut-il être naturel ?


   Cela implique une totale disponibilité de l’esprit et une position où le corps soit complètement disponible pour bouger dans n’importe quelle direction.


Senseï Luís de Carvalho


   Il est très difficile de percevoir le danger dans la direction dans laquelle on va bouger. Ayant la chance d’habiter pas très loin d’une forêt j’aime bien faire des kata dans la nuit dans un petit coin de forêt au milieu des arbres. A une heure d’intervalle, par exemple quand le soleil se couche et qu’il fait nuit noire la sensation change complètement. Dans le noir d’une forêt et avec tous les bruits qui se font sentir la nuit, les sensations s’aiguisent et nous donnent un sentiment de danger plus sensible. Le vent fort fait un bruit assez mystérieux et cache toutes les perceptions auditives qui sont une des rares qui nous restent dans ces circonstances. N’ayant pas, comme certains animaux, une bonne vision nocturne nous voyons dans ce cas-là que nos sens sont vraiment de peu de secours (pas de vue, pas d’odorat, incapacité de connaître l’origine des bruits, etc.). Je pense que c’est une pratique valable et que c’est encore mieux quand on le fait tout seul.


   La tradition du Budo regorge en histoires d’entraînements de nuit depuis Yoshitsune Minamoto, qui a appris le Budo des Tengu* (à vrai dire des partisans de son père) à Maître Ueshiba qui prenait son bento (plat à emporter) et passait plusieurs jours seul dans la forêt sans oublier bien sur Maître Funakoshi et tous les karateka du 19 ème siècle qui pratiquaient la nuit.


   Quoi qu’il en soit l’important est de trouver une pratique qui complémente celle du dojo et que nous permet d’avoir une sensation de danger plus forte que celle que nous pourrons avoir dans un gymnase chauffé et bien éclairé.


   Ensuite au début du kata il est indispensable de commencer par orienter son esprit avant de bouger. Un néophyte ne peut pas le comprendre, mais très souvent je vois des kata qui ne sont que des réponses à des ordres. On entend hajime et on bouge le corps sans qu’il y ait eu orientation préalable de l’esprit. Un kata commencé dans ces conditions est pratiquement raté, c’est un peu comme si le matin on sortait de la maison à toute vitesse sans savoir ce que l’on va faire ni dans quelle direction aller.


   Certains passages de grades réalisés par Maître Egami seraient pour nous autres aberrants. Il s’agissait en effet d’effectuer une seule fois le kata « Taikyoku Shodan ». Sans postuler vraiment à un grade l’élève s’entendait dire à la fin « Ce niveau c’est 1 er dan, ou c’est 4 ème dan ». Sa « vision » lui permettait de juger presque instantanément du niveau d’un pratiquant. Discutant de cela avec Maître Murakami il nous avait dit :  « On peut faire un passage de grades comme ça et c’est très bien, mais les européens auraient l’impression d’être jugés d’une façon arbitraire…et ne seraient pas contents ». (à suivre)


Luís de Carvalho   

Avril 2005   


    * Tengu – sorte de lutin des forêts au long nez., personnages chez lesquels y a un peu de divinité, de diable et d’homme.



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