SHOTO-Infos n° 16 Bulletin Shotokaï Murakami Midi-Pyrénées

   Troisième question : Comment concilier souplesse, force et rapidité ?



   La vraie rapidité ne se voit pas


   Certains pratiquants de karaté sont obsédés par la recherche de la rapidité. Superficiellement, cette rapidité est séduisante : leurs gestes paraissent vifs et énergiques. En réalité, selon Musashi, la focalisation sur la vitesse est, justement, un obstacle à la progression :


   « La rapidité ne s’inscrit pas dans la véritable voie de la stratégie. Lorsqu’on dit rapide, c’est qu’un retard a été pris par rapport à la cadence des choses, c’est ce que veut dire rapide ou lent.

   Quel que soit le domaine, les gestes d’un bon adepte ne paraissent pas rapides. […]

   La rapidité est l’amorce d’une chute, car elle produit un décalage dans la cadence. Bien sûr, trop de lenteur est aussi mauvais. »


   Pour Musashi la véritable maîtrise passe plutôt par la fluidité des enchaînements et par la suppression des temps morts :


   «  Les gestes d’un bon adepte paraissent lents, mais il n’y a nul espace mort entre ses gestes. Quel que soit le domaine, les gestes d’un bon adepte ne paraissent jamais pressés […]

   Si vous voulez pourfendre avec un mouvement rapide, le sabre, qui n’est ni un éventail ni un couteau, ne tranchera pas en raison de la rapidité. […]

   Dans la stratégie de groupe aussi, il est mauvais de penser à se précipiter en cherchant la rapidité […]

   Si vos adversaires agissent trop rapidement, vous appliquez l’attitude opposée, vous vous tranquillisez et vous évitez de les imiter. Il faut bien vous entraîner en élaborant cet état d’esprit.  »


   Musashi a même fait de la maîtrise de la lenteur une de ses stratégies :


   « Voici ce que j’appelle la frappe de l’eau courante. Vous vous battez à égalité avec votre adversaire, et chacun cherche à trouver une opportunité. Dans cette situation, lorsque l’adversaire essaie, en hâte, de reculer ou de dégager son sabre, ou de repousser votre sabre, vous élargissez votre corps et votre esprit. Vous frappez amplement et puissamment, en avançant le corps en premier et le sabre ensuite, avec un mouvement bien lent en apparence, comme une eau courante qui semble stagner.».


   Tokitsu précise cette sensation, que l’on peut appliquer au Karaté :


   « Il ne s’agit pas de frapper vraiment avec lenteur, mais de créer une cadence qui donne l’apparence de stagner. […] Cet élargissement subjectif comporte la même puissance latente que celle du courant lorsqu’il traverse un large bassin ».



   Il faut rechercher la souplesse et le relâchement, plutôt que la vitesse apparente


   En fait, la vitesse et la force s’obtiennent davantage en évitant les contractions inutiles, susceptibles de freiner les mouvements, que par la force musculaire par elle-même. C’est ce que nous dit le Maître Egami :


   « L’apparence est trompeuse. Bien que les mouvements paraissent faibles, en réalité ils ne le sont pas. Quand le corps et les mouvements étaient rigides et l’énergie dispersée, les techniques avaient l’air d’être fortes. En réalité, il n’y avait que l’exécutant qui sentait que ses attaques étaient puissantes. La seule satisfaction était de son côté ; ce n’était que de l’autosatisfaction. L’adversaire ne sentait pas la force de l’attaque, et la pratique qui consistait à arrêter les mouvements était réellement dangereuse. Elle pouvait signifier la mort pour celui qui le faisait.

   Une attaque qui paraît faible, douce et relâchée, dans laquelle l’énergie est concentrée, transpercera n’importe quoi. »



   Souplesse de l’esprit, souplesse du corps


   Pour Maître Egami, la recherche de la souplesse commence dès l’échauffement et est une attitude de l’esprit :


   « La différence entre le Karaté d’aujourd’hui et celui d’avant s’étend même aux exercices d’échauffement, car si la manière de penser change, tout va changer. L’accent est mis désormais sur la souplesse à la fois du corps et de l’esprit. »


   « En commençant par l’entraînement de son propre corps, la pratique continue avec l’entraînement de l’esprit. A la fin, on réalise que le corps et l’esprit ne sont pas deux, mais une seule chose. Là est la vraie pratique.  »


   Autrement dit, c’est la souplesse générale du corps et de l’esprit qui permet de concentrer toute l’énergie sur le poing :


   « Pour ceux d’entre nous qui commencèrent à pratiquer le Karaté il y a longtemps, le fait de chercher à rendre nos corps rigides a eu pour effet de nous muscler, mais notre puissance était dispersée dans diverses parties de notre corps. L’idée actuelle est que le corps doit être relâché, souple et fort, et le pouvoir concentré sur un point. Surtout, l’esprit doit être clair, c’est-à-dire sans pensées, et tous les mouvements doivent être pratiqués de manière naturelle. Sans un esprit clair et souple, le corps ne peut pas être souple. »



   La souplesse se trouve au-delà de la fatigue physique


   Pour conduire les pratiquants vers la souplesse et la décontraction du corps, les entraînements du Maître Egami et du Maître Murakami passaient inexorablement par une phase d’épuisement physique :


   « Il vaut mieux commencer par pratiquer un kata facile, tel que Taikyoku, dans un groupe où quelqu’un donne des ordres. Il doit être exécuté dix, vingt, cinquante, cent fois, sans s’arrêter. Vous ne serez pas capable d’utiliser beaucoup votre tête mais vous ne vous y attendrez pas. A ce point, vous allez pratiquer de manière épuisante, sans vous soucier si votre corps est rigide ou pas. Pratiquez durement, c’est tout.

   Que va-t-il se passer ? Dans le cas de jeunes pratiquants dotés d’une grande énergie et vigueur, qui exécuteront les katas de cette manière, ils vont s’épuiser après dix ou vingt répétitions, parce qu’il y a une limite. En continuant à pratiquer, ils vont être de plus en plus épuisés, jusqu’au point de ne plus pouvoir tenir debout, leur respiration deviendra haletante, et leur vue va se troubler. [...] En continuant dans cet état, ils vont devenir semblables à des automates et seront incapables de placer la moindre énergie dans leurs mouvements. Pour dire les choses simplement, ils ne sauront pas ce qu’ils sont en train de faire.

   A ce stade, ils vont réaliser que leurs mouvements sont devenus doux et naturels. L’esprit est devenu inutile, mais les mouvements auront été acquis par le corps lui-même.

   Si la pratique continue, ils parviendront au stade où l’esprit est très clair et les mouvements du corps ont été compris. Ils vont simplement tout oublier et ramper sur le sol. Ils vont à plusieurs reprises se perdre et se retrouver, jusqu’à ce qu’ils découvrent qu’ils ressentent une forte euphorie. [...] Les mouvements du corps et le flux de sensations seront très confus au début, puis ils deviendront très sereins et finalement on entrera dans un état de tranquillité et de concentration, et la respiration deviendra régulière en dépit du caractère épuisant des mouvements. »

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