Actualité du karaté en France, en Italie et au Portugal (1 ère partie)


   Après la guerre, il y eut le "boom" du Judo puis cela s'est calmé : à cette époque-là (les années 50), Maître KAWASHI était encore à Paris. En ce temps là, le Karaté était complètement inconnu car les judokas européens n'en avaient pas du tout connaissance : imaginez alors comment des gens ordinaires pouvaient être au courant. Et pourtant, il y avait déjà des karatékas qui avaient l'enthousiasme pour diffuser le Karaté dans le monde entier. Maintenant que le Karaté est devenu universel, il y a peu de gens qui peuvent imaginer qu'il était si peu connu.

   M. OHSHIMA est allé aux Etats-Unis en 1955 et a ouvert un Dojo à Los Angeles en Californie. Presque en même temps, M. HARADA s'efforçait de développer le Karaté à Sao Paolo au Brésil. Plus tard, en 1957, je suis allé en France et je me suis installé à Paris.


   Pendant un bon nombre d'années, beaucoup de gens sont partis du Japon vers l 'étranger. Maintenant encore, il y a beaucoup de Japonais qui viennent en Europe et cela continue car le Karaté s'est développé ici. Mais je comprends que les gens qui sont venus en France aient eu beaucoup de difficultés à affronter et il leur a fallu beaucoup d'efforts. Aujourd'hui on ne peut pas considérer le Karaté dans le monde sans avoir du respect pour ces personnes.

Maître Tetsuji MURAKAMI

   Depuis quand le Karaté est-il devenu mondial ? Si on me pose cette question je répondrais, à partir de la deuxième moitié des années 50, ni avant ni après.

   Si je dois le dire avec précision, alors c'est au moment où des leçons de oizuki et Gedan-barai ont été données aux étrangers. Moi aussi je m'inclus dans tout cela et je m'inquiète qu'on puisse dire que je fais ma publicité : mais comme je n'ai aucun intérêt à faire ma publicité je peux écrire franchement la vérité. Discrètement je suis fier de tout cela. Je crois d'ailleurs que M.OHSHIMA et M. HARADA sont bien avec moi. En France, il y avait déjà quelque chose qui ressemblait à notre Karaté : je crois que je l'ai déjà écrit quelque part. Cela a commencé à partir de 1955 c'est-à-dire avant mon débarquement à Marseille en 1957. En disant que cela ressemblait au Karaté, on peut penser qu'il s'agissait d'un "faux" Karaté, mais en même temps je comprends l'effort que faisaient ces personnes pour s'approcher du Karaté en utilisant toutes les façons possibles et toutes les occasions. Je ne peux donc peut-être pas dire précisément que c'était un "faux" Karaté mais si on dit que ce Karaté a été utilisé pour gagner de l'argent, alors je suis bien d'accord pour utiliser le mot "comme du Karaté" ou "faux Karaté" : ce n'est pas du Karaté, c'est un moyen de gagner de l’argent.


   Je suis donc arrivé à Marseille par bateau, invité en France par ce genre de personnes. J'étais avec un jeune judoka qui avait l'intention de s'installer à Genève et un français qui servait d'intermédiaire. Dès ce moment-là, il m'a été demandé d'effectuer des démonstrations de Karaté à Marseille, à Toulon et à la Ciotat : je n'en avais pas du tout été informé. Comme je venais de débarquer et que j'étais fatigué, j'ai refusé une fois mais on m'a convaincu que cela était programmé et je n'ai pas pu refuser.


   Mais il y a eu quelque chose d'intéressant : c'était à Avignon. Après une démonstration, un jeune homme m'a questionné : "Quel kata avez-vous exécuté ?". J'ai répondu : "Heian Yodan, mais pourquoi ?". "Parce que moi aussi je connais bien le kata Sandan mais il est tellement différent du vôtre". J'ai su après la discussion que pour lui le kata Shodan c'était Sambon oi-tsuki et en reculant gedan barai (techniques appelées en général Sambon kumité). Le kata Nidan, c'était avec chudan uchi-uke, Sandan avec jodan age-uke et le kata Godan c'était Gohon kumite. De toute façon il ne les appelait pas Heian. Cela m'a surpris et j'ai dit "Oh !". Plus tard, j'ai trouvé un livre sur le Karaté et j'ai eu ma deuxième surprise.


Maître Tetsuji MURAKAMI

   Dès que je me suis installé à Paris, je me suis concentré sur l'entraînement du Ki-Hon et des Katas. Pendant la première année, cela n'a pas été tellement agréable pour moi. J'avais trop de petits problèmes personnels. Mais pour ce qui concerne le Karaté c'était bien car il y avait beaucoup de projets bien préparés et des stages avec des pratiquants du monde entier (Belgique, Allemagne, Italie, Suisse, Maroc, ...). Dès qu'ils sont rentrés dans leur pays, ils y ont développé le Karaté. Plusieurs années plus tard, le Karaté s'était bien développé dans toute l'Europe grâce à ces pratiquants et à leurs efforts. Tous étaient des karatékas Shotokan. Ces personnes là m'ont laissé un doux souvenir.

   L'année suivante, après la fin du contrat, je fus au chômage pendant un an. Comme je n'avais pas pu trouver de travail, j'ai accepté un contrat à Paris, un contrat très dur et exigeant beaucoup de choses, mais je n'étais pas en situation de pouvoir protester. Il y était bien précisé que M. Murakami ne pouvait pas faire de Karaté en Europe à l'expiration de ce contrat. Jusqu'à cet instant je n'avais jamais imaginé que je deviendrais Karatéka professionnel, de même qu'un an après je serais encore en France. Mais à cause du mot précis "interdit" dans ce contrat, j'ai été très mécontent et c'est peut-être cette clause qui m'a poussé à prendre la décision de rester en France. Peut-être pensez-vous que je suis têtu. Mais naturellement je n'ai rien pu faire et je n'ai pas pu travailler non plus.


   A cette époque où il y avait très peu de Dojos en Europe, les pratiquants qui étaient retournés dans leur pays ne pouvaient pas savoir où j'étais. J'ai survécu pendant plusieurs mois en mangeant du pain et du beurre. Je n'avais pas d'argent mais je ne suis pas mort : peut-être que mon corps avait été fortifié pendant la guerre.


   C'est en 1960 que j'ai eu mon Dojo à Paris. Grâce à la proposition d'un ancien élève, j'ai loué une salle de tennis de table et j'ai commencé l'entraînement. Dès que l'on a su que j'étais à Paris, j'ai été petit à petit contacté par les pays étrangers. D'abord M. Saider d'Allemagne, M. Bell d'Angleterre, M. Schiffler de Belgique, M. Malateste d'Italie, M. Guilletan du Maroc et de la Suisse, etc... Toutes ces personnes avaient apporté le Karaté dans leur pays. J'ai commencé à faire des stages à l'étranger et en même temps je me suis efforcé de réorganiser et de diffuser le Karaté avec eux. Ce ne fut pas rapide mais peu à peu cela s'est développé. Puis j'ai déménagé pour louer un autre Dojo.


   A suivre...


Tetsuji MURAKAMI   


(Traduit du japonais par Nobuo Yamamoto et Luís De Carvalho)   

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